En Guadeloupe, la montée lente et inexorable du marketing d'influence

A la fois populaire et critiqué, gigantesque et difficile à quantifier, le marketing d’influence a le vent en poupe, Déjà fort utilisé à l’international, le recours à des influenceurs par des entreprises pour booster la visibilité de leurs produits, de leurs marques, reste encore à développer en Guadeloupe.

Qu’ils soient blogueurs, youtubeurs, podcasteurs ou encore  instagrammeurs, les influenceurs ont pour particularité commune de pouvoir se targuer d’être « suivis » par des milliers de personnes sur lesquels ils ont de l’influence. C’est la raison pour laquelle les plus populaires sont généralement sollicités par des entreprises désireuses d’atteindre leur « communauté ». Pour ce faire, ils se voient proposer des produits gratuits, des invitations à participer à des événements, des voyages, mais aussi des rémunérations et davantage de visibilité.

 

L’influence, secteur professionnel d’avenir ?

 

En Guadeloupe, la Fée Pipelette fait partie des rares influenceurs professionnels, c’est-à-dire qui génère des revenus de part son activité. Pourtant, ce n’était pas l’objectif de cette jeune Guadeloupéenne quand elle a lancé, en 2015, sa chaîne sur Youtube pour parler de « tout ce qui a trait à la femme » : « c’était un plaisir, une passion avant tout ».

En 2016, elle est contactée par les organisatrices du Karibbean Beauty Fest pour faire partie des 4 influenceuses invitées de la première édition de ce grand événement dédié à la beauté, au cheveu, à la mode et au bien-être en Guadeloupe. « C’est à partir de là que tout s’est enchaîné. Petit à petit, des marques m’ont appelé pour des collaborations afin d’appuyer leur communication. »

Ancienne communicante, la Fée Pipelette a très vite compris et su utiliser les mécanismes du marketing d’influence. « Les marques, les créateurs d’événements comprennent peu à peu l’impact des influenceurs. Même si on manque d’outils pour évaluer les retombées financières, elles restent indéniables. Le potentiel de recommandation d’un bon influenceur est vaste au point de pouvoir consolider une image, appuyer une notoriété, booster une communication, faire rayonner un produit ».

Sur les réseaux sociaux, la jeune femme est suivie par une communauté engagée, qualifiée d’environ 7000 personnes qui « likent » et commentent les contenus qu’elle partage. Elle est en plus depuis un an chroniqueuse pour Créola, le magazine féminin de France-Antilles décliné en ligne.

Influenceuse montante de l’archipel, la jeune femme a créé une entreprise dédiée à cette activité. « Concernant la question financière, le marketing d’influence sur le territoire en est à ses balbutiements. Néanmoins, les entreprises sont conscientes que l’action d’un blogueur passionné, soucieux de sa communauté et qui donnera sa perception d’un produit ou d’un événement en direct pourra être aussi efficace qu’un canal de communication traditionnel en terme de retombées. Par conséquent, elles restent ouvertes à la contrepartie numéraire. »

Sa crédibilité, la fidélité et l’engagement de sa communauté, la qualité de son contenu sont autant d’arguments pour La Fée Pipelette qui ouvre dans l’archipel la voie à d’autres en ce qui concerne le business de l’influence, en étant un modèle de professionnalisme et d’entreprenariat en la matière.

 

Bientôt un boom du marketing d’influence en Guadeloupe ?

 

Autre actrice majeure du marketing d’influence en Guadeloupe : Naïka Pichi-Ayers, communicante connue notamment pour avoir co-fondé avec Johana Morvan le KBF, évoqué précédemment. Ci-dessous, la vidéo de présentation officielle.

Pour la seconde édition en 2017, le duo d’organisatrices a misé sur le marketing d’influence, en invitant une trentaine d’influenceuses. « Johana suit beaucoup de personnes du monde de la beauté et de la mode sur les réseaux sociaux, elle sait les repérer. Une fois son choix fait, j’effectue des recherches et j’échange avec elles et éventuellement leurs managers, pour déterminer si elles répondent à notre stratégie, correspondent à notre vision et au thème de l’événement », précise Naïka Pichi-Ayers.

 

Pour que certaines d’entre elles soient présentes, elle a dû négocier fermement des contrats incluant la prise en charge complète de leur déplacement et le versement d’un cachet. Citons : l’Américaine Ashley Everett, danseuse principale de Beyoncé, mais aussi les blogueuses de Theprettyus Mu et FroGirlGinny.

« Nous ne les payons pas pour leur rôle d’influenceuse, pour poster des photos sur leurs réseaux sociaux, car cela nous coûterait des milliers d’euros. Nous rémunérons leur prestation sur place avec un programme défini à l’avance. L’an dernier, nous avons payé de gros cachets », indique Naïka Pichi-Ayers. En effet, celles-ci ont livré des conférences de 45 minutes qui ont attiré un public nombreux. Autres invitées de prestige : Miss Rizos, fondatrice du 1er salon de cheveux naturels en République Dominicaine, DJ Charlotte de Trinidad, qui a joué de la musique pendant plusieurs heures et Sandra Bisson qu’on ne présente plus.

En misant autant sur le marketing d’influence, l’objectif des organisatrices du KBF est clair : « atteindre leurs cibles » en « identifiant les influenceurs qui pourront diffuser le bon message ». « Le consommateur est de plus en plus autonome et apprécie de découvrir des marques, des événements, par un tiers qui valide leurs choix », souligne Naïka Pichi-Ayers.

Leur stratégie est payante, puisqu’année après année, le festival attire de plus en plus de personnes - 1800 l’an dernier contre 475 la première année. « Nous avons eu énormément de bons retours, de la part des influenceuses sur la qualité de l’évènement, mais aussi du grand public. Il y a eu un effet de boule de neige sur les réseaux sociaux. Les gens parlent encore de la 2e édition alors qu’elle s’est tenue il y a des mois. »

 

Liens utiles

  • La Fée Pipelette (Crédit photo : La Fée Pipelette - Happyman photography pour OBL) 
  • IKONE Caraïbes (Naïka Pichi-Ayers - Crédit photo : Stéphane JUMET)