Avec Giga'games, l'e-sport guadeloupéen change de dimension

D’une modeste association locale réunissant des amateurs de jeux vidéos à une fédération aux ambitions internationales, Giga’Games a pris une belle envergure en l’espace de 17 ans. Et avec elle, l’e-sport, qui est passé d’une activité de loisir à une discipline structurée, avec ses compétitions et ses champions. Entretien avec son président, Samuel Jourson, un Guadeloupéen âgé d’une trentaine d’années, qui raconte notamment les débuts de Giga’games.

 

Samuel Jourson : Alors que j’étais au primaire, j’ai eu l’idée avec des amis de nous réunir, parce que nous étions de Capesterre-Belle-Eau, nous jouions aux jeux vidéos et nous voulions organiser des confrontations. Finalement, avec l’appui de nos parents qui dès le début ont cru en nous, nous avons créé l’association en 2001. J’étais alors en terminale. Nous étions 7 à l’époque et maintenant nous sommes une trentaine.

 

Q : Votre association a non seulement perduré dans le temps, mais a également bien progressé. Rappelez-nous les grandes étapes de cette évolution.

S.M. : Au départ, pas grand monde croyait en nous. Lorsque nous avons organisé le premier tournoi de Capesterre-Belle-Eau, une cinquantaine de personnes se sont déplacées. Les autres éditions ont attiré de plus en plus de joueurs, de Pointe-à-Pitre et d’autres communes.

Au fil des ans, j’ai pu établir des contacts avec des joueurs de Trinidad, de Saint-Martin et de la Dominique. C’est la raison pour laquelle, en 2005, nous avons décidé d’ouvrir le tournoi à la Caraïbe. Nous avons réuni 196 joueurs au World Trade Center à Jarry à Baie-Mahault.

En 2015, nous avons fait évoluer l’association en fédération, car nous voulons mettre en place un vrai championnat de sport électronique en Guadeloupe, en fédérant les joueurs et en encourageant la création de clubs.

Nous avons aussi rejoint la Caribbean Esports Alliance (CEA), qui a décidé, cette année, de mettre en avant la Guadeloupe et la République dominicaine, compte tenu des résultats obtenus au niveau mondial. Plusieurs joueurs guadeloupéens brillent sur la scène internationale. Par exemple, Alix Zaïre, le champion de Guadeloupe FIFA, est monté à plusieurs reprises sur les podiums de compétitions majeures dans la Caraïbe entre 2016 et 2017.

 

Q : Alix Zaïre s’est vu attribuer le prix spécial du Comité Régional Olympique et Sportif de la Guadeloupe, en janvier dernier. Est-ce une grande satisfaction ?

Oui, pour la première fois, grâce à notre travail, l’e-sport a fait partie des disciplines lauréates des Trophées du sport de la Guadeloupe. Sa mère, qui était présente, nous a félicités pour tout ce que l’association a apporté à son fils. Elle, qui le poussait à arrêter de jouer au début, a totalement changé de point de vue. Grâce à l’e-sport et nos délégations, Alix et d’autres ont pu se rendre dans des pays où ils ne pensaient pas pouvoir aller un jour.

Contrairement à ce que les gens peuvent penser, c’est-à-dire que les jeux vidéos isolent, le sport électronique favorise les échanges avec de nouvelles personnes, la découverte d’autres cultures. 

 

Q : Le secteur e-sport est en plein développement en Guadeloupe comme dans le reste du monde. Au niveau local, quels sont les points positifs et ceux encore à améliorer pour amplifier la dynamique ?

S.M. : Comme nous organisons beaucoup de compétitions dans l’archipel, chaque année, les joueurs se réunissent entre eux pour s’entraîner et améliorer leur niveau. Il y a une réelle émulation et c’est aussi le cas dans les territoires caribéens anglophones. De plus, les bons résultats enregistrés encouragent d’autres à s’investir également.

Par contre, nous avons un souci de débit internet, parce qu’il est moins bon que celui disponible dans des pays européens et même dans certains territoires de la Caraïbe, comme Trinidad. Nous espérons qu’avec la fibre, cela s’améliorera.

En attendant, il y a une solidarité entre joueurs, certains accueillant d’autres afin qu’ils aient accès à une bonne connexion, car pour s’améliorer jouer en ligne est aussi important.

 

Q : Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

S.M. : Le premier est de faire de la Guadeloupe la destination e-sport caribéenne et nous sommes  sur la bonne voie pour ce faire. Le second est de créer avec l’ensemble des pays de la Caraïbe une vraie alliance qui permettra d’avoir plus de grands rendez-vous et de tirer tout le monde vers le haut. 

Légende photo : Samuel Jourson, passeport en main, avec la sélection eSport Guadeloupe en partance pour disputer une compététion à la Barbade. 

 

Focus sur Samuel Jourson

Tout en présidant Giga’Games, Samuel Jourson a poursuivi des études dans différents domaines : « Après avoir obtenu mon baccalauréat littéraire avec spécialité arts, j’ai étudié le droit, puis j’ai obtenu un DEUG d’histoire et une licence professionnelle Valorisation du patrimoine. J’ai également effectué un BTS Multimédia et infographie. »

Actuellement, Samuel Jourson exerce d’ailleurs le métier de chargé de communication et infographiste au sein d’une institution. Auparavant, il a été assistant d’éducation au lycée Paul Lacavé à Capesterre pendant 3 ans.

De grandes échéances à venir

10 et 11 mars 2018 - Compétition Giga’Games au Palais des sports Laura Flessel à Petit-Bourg. Il y a aura notamment une table ronde sur le monde du digital, avec la collaboration de Guadeloupe numérique. Des youtubeurs connus en Europe seront présents pour relayer l’événement sur le net. Deux équipes (Guadeloupe et Sainte-Lucie) proposeront du streaming en français, en anglais et en créole.

Avril 2018 - Grande finale de la Coupe de France de sport électronique Fifa organisée par Coca-Cola et la Fédération Française de Football. La Guadeloupe a remporté 2 des 4 places qualificatives pour l’Outre-mer, preuve du bon niveau des joueurs de l’archipel.

 

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